Le centre et la droite conservent la majorité au Sénat. Mais derrière cette continuité, les 178 sièges renouvelés racontent deux percées : celle du RN et de son allié UDR, désormais en mesure de former un groupe, et celle de La France insoumise, qui fait élire Gabriel Amard dans le Rhône. Les sénateurs ne sont pas choisis directement par les Français, mais par un collège de grands électeurs composé surtout de représentants des communes. Les résultats disent quelque chose des implantations locales ; ils ne sont pas un sondage présidentiel grandeur nature.
Onze nouveaux élus RN et UDR : le seuil d’un groupe franchi
Neuf candidats RN, deux candidats UDR et un divers extrême droite (Paul Mougenot dans l’Aisne) ont été élus dimanche. Si on rajoute les trois sénateurs RN dont les sièges n’étaient pas renouvelés ce dimanche, ils dépassent le seuil des dix membres nécessaire pour constituer un groupe politique au Sénat. Ce statut donne notamment une place dans les commissions et dans l’organisation des débats.
Gabriel Amard (LFI) gagne dans un Rhône pourtant moins favorable à la gauche
La seconde surprise est à gauche. Gabriel Amard, gendre de Jean-Luc Mélenchon, est élu sénateur du Rhône avec 374 voix, soit 10,1 % des suffrages exprimés. Avant le scrutin, Libération estimait à 200–250 les grands électeurs acquis à LFI. Le Monde créditait la liste Amard de 250–300 voix et évoquait un objectif d’environ 350 pour obtenir l’un des sept sièges.
La comparaison avec 2020 donne une autre mesure du progrès : la liste LFI conduite par Farouk Ababsa avait alors obtenu 109 voix, soit 3,1 %. Mais ce n’est pas une vague de gauche dans le département. Les listes de gauche avaient remporté trois sièges en 2020 ; elles n’en obtiennent que deux en 2026, dont celui d’Amard. Sa victoire raconte donc aussi une redistribution des forces à l’intérieur de la gauche.
LFI revendique également l’élection de Marc Péré en Haute-Garonne, sur une liste qu’elle soutenait.
Un avant-goût de 2027 ?
Le mot « surperformance » suppose un point de comparaison. Pour le RN et ses alliés, le franchissement du seuil d’un groupe est un fait politique net. Leurs scores sont aussi en hausse par rapport à 2020 dans chacun des 58 départements métropolitains renouvelés, si l’on retient notre catégorie large de candidatures d’extrême droite ; la progression médiane est de 7,6 points. Ce n’est pas une mesure du seul vote RN : l’UDR, les étiquettes et les alliances ont changé. Pour LFI, la progression de 109 à 374 voix dans le Rhône et l’écart avec les estimations d’avant-scrutin montrent un succès local, pas une progression nationale mesurable de la même manière.
La tentation est d’y lire les prémices d’une présidentielle dominée par le RN et LFI. Le nouveau baromètre Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL, réalisé auprès de 1 974 inscrits du 22 au 24 septembre, donne Marine Le Pen en tête du premier tour à 35–36 % des intentions exprimées. Dans les trois hypothèses où Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe sont tous deux testés, Mélenchon passe devant : 17 % contre 13 % si Gabriel Attal se présente aussi, 18 % contre 16 % dans les deux autres configurations. Ces deux points d’avance ne rendent pas sa qualification certaine : l’institut rappelle que la marge d’erreur des résultats du premier tour va de ± 1,4 à ± 2,9 points selon le score et que les intentions de vote ne prédisent pas le scrutin. Dans les duels de second tour testés, Le Pen est mesurée à 69 % face à Mélenchon et 57 % face à Philippe, parmi les intentions exprimées (marge d’erreur de ± 2,9 à ± 3,1 points).
Il y a là une coïncidence politique à suivre, pas une preuve que les sénatoriales annoncent le second tour de 2027. L’enquête a été conduite avant l’élection de dimanche : celle-ci ne peut donc pas expliquer ses résultats. Et les deux scrutins n’interrogent pas le même électorat. Cette fois, 93 469 grands électeurs étaient appelés à voter, dans des scrutins structurés par des candidatures et des accords départementaux ; à la présidentielle, ce seront des millions de citoyens. Les sénatoriales sont peut-être un signal à examiner, certainement pas une répétition générale.



